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ARTICLE · DATA LEAK ACTIVE TESTING

Fuite de données de santé : tester l’exfiltration à l’hôpital et en HDS

  • Santé
  • 6 min de lecture
  • Mis à jour le
Bouclier lumineux et cadenas sur un circuit électronique, image de la protection des données de santéSans toucher à un seul dossier patient

L’essentiel en 30 secondes

  • Une fuite de données de santé, c’est la sortie non autorisée d’informations patients hors du périmètre de l’établissement ou de son hébergeur.
  • La certification HDS atteste qu’un système de sécurité existe et qu’il est audité ; elle ne prouve pas qu’une tentative d’exfiltration serait bloquée.
  • Un test actif avec des données factices, rejoué régulièrement, mesure ce qui sort réellement, sans toucher à un seul dossier patient.

Une fuite de données de santé désigne la sortie non autorisée d’informations médicales ou administratives concernant des patients hors du périmètre de l’établissement ou de son hébergeur. Pour un hôpital, une clinique ou un hébergeur certifié HDS, la vraie question n’est pas « avons-nous des contrôles ? » mais « ces contrôles empêchent-ils réellement une donnée patient de sortir ? ». Seul un test actif, mené avec des données factices, permet d’y répondre avec une preuve.

Pourquoi les données de santé sortent si facilement

Schéma · les flux légitimes d’un hôpital

Les flux légitimes qui quittent un SI hospitalierLe système d’information hospitalier, avec le dossier patient, l’imagerie, le laboratoire et la facturation, échange en permanence avec la médecine de ville, les mutuelles, les tutelles et les prestataires en télémaintenance. Chacun de ces flux légitimes est un chemin de sortie potentiel.SI hospitalierDossier patientImagerieLaboratoireFacturationMédecine de villeMutuellesTutellesPrestatairesen télémaintenance

Un système d’information hospitalier cumule les difficultés. Des centaines d’applications métier (dossier patient, imagerie, laboratoire, facturation), des postes partagés entre équipes soignantes, des prestataires biomédicaux qui télémaintiennent leurs équipements, des échanges constants avec la médecine de ville, les mutuelles et les tutelles. Chaque flux légitime est un chemin de sortie potentiel.

La donnée de santé a deux particularités. Elle est durable (un antécédent médical ne se « réinitialise » pas comme un mot de passe) et elle se monnaye bien, ce qui en fait une cible classique des opérations de ransomware à double extorsion. L’ANSSI et le CERT Santé de l’Agence du numérique en santé signalent régulièrement les établissements de santé parmi les victimes récurrentes de rançongiciels.

Le constat de terrain est simple : les établissements ont souvent investi dans des briques de protection, mais rarement vérifié qu’elles bloquent quoi que ce soit en conditions réelles.

Le cadre : RGPD, Code de la santé publique et certification HDS

Ce que dit la réglementation

  • RGPD, article 9 : les données concernant la santé font partie des catégories particulières de données, dont le traitement est en principe interdit sauf exceptions.
  • RGPD, article 32 : le responsable de traitement doit mettre en place des mesures adaptées au risque et une procédure pour tester, analyser et évaluer régulièrement leur efficacité.
  • Code de la santé publique, article L1111-8 : tout hébergement de données de santé à caractère personnel pour le compte d’un tiers doit être réalisé par un hébergeur certifié (ou agréé pour l’hébergement sur support papier).

Ce que recouvre la certification HDS

La certification HDS est pilotée par l’Agence du numérique en santé (ANS). Elle s’appuie sur la norme ISO/IEC 27001, complétée d’exigences propres à la santé. Un nouveau référentiel a été publié en 2024, avec une période de transition pour les hébergeurs déjà certifiés : vérifiez auprès de votre organisme certificateur l’échéance exacte qui s’applique à votre périmètre. Ce référentiel renforce notamment les exigences sur la localisation des données et la transparence vis-à-vis des clients.

L’audit regarde les processus et un échantillon de preuves. Le test d’exfiltration regarde le résultat. Les deux sont complémentaires, pas substituables. La logique est proche de celle du contrôle ISO 27001 8.12 sur la prévention des fuites de données.

Hôpital ou hébergeur HDS : des surfaces de fuite différentes

Contexte Canaux de sortie typiques à tester Contrôles souvent en place
Établissement de santé Messagerie sortante (hors messagerie sécurisée de santé), clé USB et graveur, impression et numérisation vers e-mail, cloud personnel, téléversement web, outils d’IA générative DLP e-mail, blocage des périphériques, proxy web, antivirus
Hébergeur HDS (infrastructure) Flux sortants des serveurs, DNS, HTTPS vers destinations non maîtrisées, accès d’administration et de support Pare-feu, segmentation, bastion, journalisation
Hébergeur HDS (infogérance, SaaS) Export applicatif, API, partage de stockage objet, comptes de service, sauvegardes IAM, CASB, chiffrement, contrôles cloud natifs
Prestataires et télémaintenance Sessions distantes, transfert de fichiers depuis les équipements biomédicaux VPN dédié, contrat, revue d’accès

Dans un hôpital, le risque principal tient souvent à l’utilisateur de confiance pressé : l’interne qui s’envoie un compte rendu sur sa messagerie personnelle pour finir chez lui, la secrétaire médicale qui dépose un fichier sur un service de partage grand public. Ce sont les fuites du quotidien, sans malveillance, mais avec les mêmes conséquences juridiques. Chez un hébergeur, le sujet se déplace vers le réseau, les comptes à privilèges et les sous-traitants.

Scénario concret : tester sans toucher à un seul dossier patient

Prenons un centre hospitalier de taille moyenne. Le RSSI dispose d’une DLP sur la messagerie, d’un proxy web et d’une politique de blocage USB. La direction veut savoir si un fichier de patients peut sortir.

  1. Fabriquer des leurres réalistes. Générer des fichiers factices qui ressemblent à de vraies données : noms fictifs, numéros au format du NIR mais invalides, comptes rendus types, exports CSV de séjours. Aucune donnée réelle n’est utilisée. C’est le principe des données factices en production.
  2. Choisir des postes représentatifs. Un poste de soins partagé, un poste de secrétariat médical, un poste administratif, un serveur applicatif.
  3. Rejouer les canaux un par un. Envoi par e-mail vers une adresse externe, dépôt sur un cloud personnel, copie sur support amovible, téléversement web, saisie dans un assistant d’IA générative, sortie réseau via des protocoles moins surveillés.
  4. Noter trois résultats par canal. Bloqué, autorisé mais détecté (alerte au SOC ou à l’infogérant), ou passé sans trace. La troisième catégorie est celle qui compte.
  5. Hiérarchiser. Classer les écarts selon le volume exposé, la facilité d’exploitation et le coût de la correction.

Et chez vous ?

Un fichier patient factice sortirait-il de chez vous ?

Une démo guidée de 30 minutes, sur des jeux de résultats préétablis, pour voir comment une campagne restitue ce qui sort par chaque chemin de sortie.

À vérifier avant de lancer un test dans un établissement de santé

  • Validation écrite de la direction, du RSSI et du DPO, avec un périmètre précis.
  • Information du SOC ou de l’infogérant, ou décision assumée de tester aussi la détection à leur insu.
  • Exclusion explicite des équipements biomédicaux critiques et des postes en salle d’intervention.
  • Données exclusivement factices, identifiables comme telles en cas de découverte.
  • Destinations de sortie maîtrisées par l’équipe de test, purgées à la fin.
  • Fenêtres de test compatibles avec l’activité de soins.
  • Critère de succès défini avant le test : ce qui doit être bloqué, ce qui doit être détecté.

Un test ponctuel ne suffit pas

Un SI hospitalier change en permanence : nouvelle application de téléconsultation, mise à jour d’un logiciel de DLP, migration de la messagerie, nouveau prestataire. Une règle qui fonctionnait en janvier peut être inopérante en juin sans que personne ne s’en aperçoive. C’est pourquoi le rejeu régulier des scénarios d’attaque a plus de valeur qu’un audit annuel. Il produit une posture mesurée dans le temps, utile pour le DPO face à la CNIL, pour le RSSI face à la direction générale, et pour l’hébergeur face à ses clients et à son auditeur HDS. Pour la méthode générale, voyez notre page sur le test d’exfiltration de données.

FAQ

La certification HDS protège-t-elle contre les fuites de données ?

Elle impose un cadre de sécurité audité, fondé sur l’ISO/IEC 27001 et des exigences spécifiques à la santé. Elle ne garantit pas qu’un canal d’exfiltration donné est bloqué : seul un test le démontre.

Un hôpital doit-il être certifié HDS ?

L’obligation de l’article L1111-8 du Code de la santé publique vise l’hébergement pour le compte d’un tiers. Un établissement qui héberge ses propres données en interne n’est en principe pas concerné, mais il doit recourir à un hébergeur certifié s’il externalise. Faites valider votre situation par votre DPO.

Peut-on tester l’exfiltration sans enfreindre le RGPD ?

Oui, à condition d’utiliser uniquement des données factices. Aucune donnée patient n’est alors traitée par le test, ce qui supprime le risque de fuite réelle.

Que faire si une fuite réelle est constatée ?

Une violation de données de santé doit en principe être notifiée à la CNIL dans les 72 heures si elle présente un risque, et les incidents graves de sécurité doivent être déclarés selon le dispositif prévu pour les établissements de santé.

Des résultats datés, sans dossier patient

Nous rejouons, avec des données synthétiques et à travers vos vrais contrôles de sortie, des scénarios d’exfiltration contrôlés mappés à MITRE ATT&CK, et nous restituons pour chacun ce qui a été tenté, transmis et collecté. Les constats sont ensuite analysés avec vous pour prioriser les corrections. Les charges sont synthétiques ; des métadonnées techniques (hôte, réseau, résultats) sont remontées vers l’orchestration.